Fictions de Jorges Luis Borges

Dans Tlön, Uqbar, Orbis Tertius, Borgès commence en évoquant une conversation avec Adolfo Bioy Casares pendant laquelle ils imaginent une histoire dont le narrateur, grâce à divers procédés, dont ils ne précisent pas s’ils sont délibérés ou non, permettrait « à quelques lecteurs - très peu de lecteurs - de découvrir une vérité atroce ou banale » (« a vast polemic concerning the composition of a novel in the first person, whose narrator would omit or disfigure the facts and indulge in various contradictions which would permit a few readers - very few readers - to perceive an atrocious or banal reality.»

Le projet de ce site est de partir du principe que cette phrase s’adresse au lecteur de la nouvelle - la présence d’un miroir servant de point de départ à la conversation sur Tlön rend même plutôt naturelle l’inclusion du lecteur dans la série spéculaire ainsi créée - peut-être du recueil entier, et lui propose de chercher un parcours dans le labyrinthe proposé, pour découvrir cette vérité.

Cette intuition de départ ne peut être que renforcée par le fait que la nouvelle elle-même, en vertu de ces incessants allers-retours de Tlön au monde de la nouvelle, via des références livresques possédant différents niveaux de réalité -celle du narrateur s’entend, rend propice la juxtaposition à ces mondes plus ou moins évanescents celui du nôtre, réputé plus solide, mais dont le statut ontologique est presque directement mis en question par l’histoire.

Encore ne s’agit-il que de la première nouvelle du recueil. A la lecture complète de Fictions, on peut en effet constater que certains thèmes, certains personnages, et même certaines références d’une nouvelle à l’autre invitent à penser que l’ensemble des nouvelles, contrairement à l’impression superficielle ressentie à la première lecture, constituent un système qui peut être compris comme un tout.

S’agissant de Borgès, il n’est évidemment pas question d’imaginer aboutir à quelque chose de parfaitement délimité et compréhensible, qu’il serait possible d’embrasser d’un seul regard. A supposer qu'une telle chose soit réalisable, nous ne manquons pas suffisamment de modestie pour envisager sérieusement de la découvrir. Néanmoins, il nous semble qu’il devrait être faisable de mettre en lumière, ne serait-ce que grâce à quelques rapprochements pertinents, des axes de lecture qui ne sont pas apparents lors d’une lecture linéaire.


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